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Vivre à Salon sans voiture entre mythe et réalité

Est-ce la fin d'un règne qui s'annonce ? Celui de la toute puissante voiture dans nos modes de vies.

D'après l'Union routière de France, la part modale de l'automobile dans nos déplacements en terme de voyageurs-kilomètres a légèrement diminué dans le pays en 2012 par rapport à 2002 (85 % contre 83 %) au profit des transports ferroviaires et de l'autobus. Une première dans l'histoire selon Gil Doat, consultant auprès de transporteurs, logisticiens, collectivités mais aussi président de l'Aprovel, l'association salonaise pour la promotion du vélo.

En tout cas l'idée de réduire l'importance de la voiture dans nos modes de vie fait son chemin depuis le développement en centre-ville des vélos en libre-service et l'installation de péages urbains. Surtout, l'idée gagne du terrain dans les esprits. Embouteillages monstres, pollution, la population prend petit à petit conscience de l'enjeu.

C'est dans ce contexte-là que le Pays Salonais en Transition organisait dernièrement une conférence sur le sujet à l'occasion d'un Café transition à la Case à Palabre, en présence notamment de deux professionnels du secteur : Gil Doat et Luis Ribeiro, directeur du service transports d'Agglopole Provence. Alors vivre à Salon sans voiture, est-ce envisageable et surtout réalisable ? Pour Gil Doat cela ne fait aucun doute.

Pourtant l'automobile a continué ces dernières années de gagner du terrain au niveau de l'Agglo "au détriment des autres modes, en particulier la marche et les transports collectifs", dixit l'enquête ménages déplacements menée par la Région sur le territoire de l'intercommunalité (voir par ailleurs).

"On observe une mobilité, tous modes confondus, plus élevée en 2009 qu'en 1997 (+7%) et en dépit de la différence de périmètres d'études, cette croissance repose essentiellement sur la voiture", relève l'étude. Si l'on part du principe que ces données n'ont que très peu évolué, alors aujourd'hui plus de deux tiers des déplacements sur le territoire de l'Agglo s'effectuent en voiture. Et 50 % d'entre eux sont inférieurs à 3 km...

Le taux de motorisation des personnes atteint à l'heure actuelle environ 83 % contre 69 % en 1997. Plus inquiétant encore, le faible usage des transports collectifs (4%) y compris en milieu urbain dense comme Salon ou les Rives de l'Étang de Berre. "On s'oriente vers une offre plus importante", assure néanmoins le directeur du service transports d'Agglopole Provence (voir par ailleurs).

Devant ce constat peu reluisant, Gil Doat met l'individu face à ses responsabilités. "Il est urgent de sortir de ce système-là. Si l'on n'en sort pas volontairement ça se fera malgré nous. Il faut se prendre en main, ne pas tout attendre de la part des autorités." Et le consultant de présenter le scénario négawatt qui vise à optimiser l'utilisation de l'énergie selon 3 axes : la sobriété, l'efficacité de la consommation et de la production et le développement des énergies renouvelable.

"Son application au transport pourrait être la suivante : j'achète une voiture qui consomme moins (efficacité de la production) ; je roule un peu plus raisonnablement, je « covoiture » ou je prends les transports en commun (efficacité de la consommation) ; enfin je me déplace moins (sobriété)." Et pour éviter certains déplacements, Gil Doat propose par exemple d'étendre la pratique du télétravail. "On dispose de moyens de communication modernes qui permettent cela", rappelle le consultant.

Alors à la question : "peut-on vivre à Salon sans voiture ?", ce dernier répond "oui" sans sourciller. "La preuve, ajoute-t-il, 11 % des ménages de l'intercommunalité ne possèdent pas d'automobile. Alors oui c'est possible mais c'est compliqué", reconnaît-il toutefois.

"Le plus compliqué, c'est pour se déplacer le soir"

Claude Mallerin a quitté la région parisienne il y a deux ans de cela pour venir s'installer à Miramas. La sexagénaire qui ne possède pas le permis dit "ne pas aimer les voitures". Elle trouve qu'elles sont "trop nombreuses" et que les automobilistes "conduisent n'importe comment".

Mais elle reconnaît toutefois le côté pratique de la chose. A défaut d'utiliser ce moyen de locomotion, Claude se sert de son vélo pour ce qui est de ses déplacements intra-muros et prend les transports en commun lorsqu'elle sort de la ville. Si la liaison entre Miramas et Salon en journée s'effectue sans difficulté, le trajet entre la cité du rail et la ville d'Aix-en-Provence, en revanche, est plus complexe. Le dimanche notamment.

"C'est une véritable épopée : il faut prendre le train jusqu'à Marseille, puis un nouveau train jusqu'à Aix. Et lorsque votre lieu de stage se trouve un peu en dehors de la ville, il faut aussi prendre le taxi."

Mais "le plus compliqué, c'est pour se déplacer le soir. Passé 20h15, on ne peut plus effectuer le trajet Miramas-Salon. De la même façon, le dernier train Marseille-Miramas quitte la gare à 20h45." Si Claude Mallerin souhaiterait pouvoir se rendre le soir à Salon plus aisément, elle reconnaît ceci dit bien volontiers que ces déplacements ne sont pas indispensables, "ils appartiennent du domaine des loisirs".

Leur fréquentation augmente mais leur utilisation reste faible

Les transports collectifs et notamment le réseau de bus de par leur développement constituent l'une des principales alternatives à l'utilisation de la voiture individuelle. Sa fréquentation a d'ailleurs fortement augmenté à Salon. En 2012, le réseau enregistrait 1 500 000 voyageurs contre 728 000 en 2001.

De la même manière, il s'est considérablement étendu. En 2012, les bus de la ville ont parcouru 1,6 million de kilomètres contre seulement 707 000 en 2001, soit 126 % d'augmentation en l'espace de 10 ans. En 2014, le réseau prévoit d'effectuer 2 millions de kilomètres sur l'année, soit une progression de 25 % par rapport à 2012.

"Déjà pas mal de réalisations du plan de déplacement urbain d'Agglopole Provence ont vu ou vont voir le jour d'ici peu", note le directeur du service transports de l'intercommunalité.

Et ce dernier de les énumérer : la création de parkings relais gratuits et de navettes gratuites, dont une électrique (un quatrième est prévu au nord), la prise en compte des zones d'activités, le grand maillage urbain et interurbain, la création du pôle d'échange multimodal, la gratuité des transports scolaires...

"Pas un endroit en centre-ville se situe à plus de 300 m d'un arrêt de bus", ajoute Luis Ribeiro. Mais malgré tout, les transports en commun restent sous-utilisés comme le montre l'étude ménages déplacements. La part de marché des transports collectifs sur le territoire de l'Agglo représente seulement 4 % (la voiture 69 %, la marche 24 %).

Pourquoi sont-ils à ce point boudés ? Toujours d'après l'enquête diligentée par la Région en 2009, 32 % des personnes interrogées disent préférer la voiture, 16 % mettent en cause la qualité de l'offre ou encore 13 % d'entre elles prétendent qu'elles n'en ont pas l'utilité ou utilisent un autre mode (excepté l'automobile).

Dans un avenir proche, le réseau de transport en commun prévoit sur la commune de Salon d'élargir encore un peu plus son offre. Les lignes principales vont être renforcées, notamment l'axe Nord-Sud qui va du Talagard à Saint-Jean. Le service de bus va être étendu d'une demi-heure le matin et le soir.

Un service du soir va être créé ainsi qu'une ligne le dimanche. Des autobus seront équipés de porte-vélos, et au-delà de l'Agglo, il devrait y avoir à terme un principe de tarification unique, qui permettra d'avoir un titre de transport valable sur la totalité des réseaux au niveau du département et de la région.

 

Zoom sur le Pays Salonais en Transition

Le Pays Salonais en Transition (PST) est une association née en 2009. Son but : faire prendre conscience à la population du besoin de se préparer face aux bouleversements qui se sont produits depuis la pénurie de pétrole, le changement climatique et les crises économiques.

Ce processus d'initiatives citoyennes a été développé en 2005 par les étudiants du cours de soutenabilité appliquée de l'université de Kinsale (Irlande) sous la direction de Rob Hopkins, formateur et enseignant en permaculture.

La première mise en application a été initiée en 2006 dans la ville de Totnes au Royaume-Uni, puis le mouvement s'est internationalisé. Il se veut différent des autres mouvements écologistes car il porte "une vision de l'avenir résolument optimiste", explique sur son blog l'association.

D'autre part, le mouvement se veut "apolitique" et "ne choisit pas le mode d'action de la confrontation". Il s'appuie sur le tissu social et associatif local. Ainsi, le PST compte plusieurs partenaires comme l'Equitable Salonaise, La Sourie Verte et l'Aprovel. L'association comporte en son sein plusieurs groupes : le groupe "Anti-gaspi", dont le but est d'éliminer tout gaspillage, et le groupe "Tous Jardinier !", qui vise plusieurs objectifs (pédagogique, social, expérimental et festif).

L'association propose enfin un atelier de permaculture et une formation d'animation à la transition. Enfin, le PST organise tous les 4e jeudi du mois à la Case à Palabres, à 19h, ses fameux Café Transition. L'association organise prochainement son festival de cinéma Terre et Avenir.

 

L'enquête

Entre 2007 et 2009, les habitants de 180 communes réparties sur 4 départements (13, 84, 04 et 83) ont fait l'objet de plusieurs enquêtes sur leurs pratiques de déplacements. Au total

plus de 30 000 personnes ont été interrogées. Les résultats doivent permettre aux collectivités et autorités organisatrices de transports d'évaluer les politiques de transport menées sur le territoire élargi des Bouches-du-Rhône, et d'élaborer celles à venir. Plusieurs focus ont également été menés sur chaque intercommunalité qui compose le département.

Jonathan BELLON, la Provence

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